La résiliation judiciaire du contrat de travail

La résiliation judiciaire du contrat de travail

La résiliation judiciaire du contrat de travail constitue un mode de rupture reconnu par la jurisprudence, qui permet au salarié de demander au juge de mettre fin à son contrat lorsque l’employeur ne respecte pas ses obligations.

Ce mécanisme intervient souvent dans des situations conflictuelles, lorsque la relation de travail se dégrade mais que le salarié ne souhaite pas démissionner.

Une rupture du contrat demandée au juge par le salarié

La résiliation judiciaire permet au salarié de saisir le conseil de prud’hommes pour demander la rupture du contrat de travail aux torts de l’employeur.

Ce mécanisme s’appuie sur le principe général du droit des contrats selon lequel une partie peut demander la résolution du contrat lorsque l’autre ne respecte pas ses obligations (Code civil articles 1224 et suivants), principe adapté au droit du travail (Code du travail article L.1235-3-2).

 La résiliation judiciaire reste un domaine réservé au salarié. Dans une décision du 13 mars 2001, la Cour de cassation rappelle que l’employeur qui souhaite rompre un CDI doit utiliser la procédure de licenciement et ne peut pas demander la résiliation judiciaire.

La résiliation judiciaire se distingue également de la prise d’acte où le salarié rompt immédiatement le contrat en imputant la responsabilité aux torts de l’employeur.

Dans la résiliation judiciaire, le salarié saisit le juge mais le contrat continue de s’exécuter tant que le tribunal n’a pas rendu sa décision. Ce mécanisme apparaît donc moins risqué pour le salarié, puisque la rupture n’intervient que si le juge considère que les manquements de l’employeur présentent une gravité suffisante.

Des manquements grave de l’employeur  empêchant la poursuite du contrat de travail

La Cour de cassation, dans une décision du 15 mars 2005, a posé le principe suivant : pour obtenir la résiliation judiciaire, le salarié doit démontrer que l’employeur a commis des manquements d’une gravité suffisante pour empêcher la poursuite du contrat de travail. Les deux conditions sot cumulatives.

En cas de demande de résiliation judiciaire, le juge devra alors examiner l’ensemble des faits reprochés et apprécier leur gravité au moment où il rend sa décision. Mais  il devra également apprécier si ces faits rendent impossible la poursuite du contrat de travail. En effet, les juges vont vérifier que les faits en questions empêchent la poursuite du contrat de travail (Cour de cassation, civile, Chambre sociale, 12 juin 2014, 12-29.063). Une tolérance du salarié pendant une durée trop importante pourrait donc être un obstacle à sa demande de résiliation judiciaire. Un double contrôle est donc effectué.

La jurisprudence retient principalement 3 types de situation :

  • Une modification du contrat imposée au salarié : baisse de rémunération, un changement d’horaire important, une modification des fonctions ou encore une rétrogradation.
  • Le non-respect des obligations de l’employeur : non-paiement du salaire ou des heures supplémentaires, non-versement de primes, non-remboursement de frais professionnels, non-respect du principe « travail égal, salaire égal », discrimination ou sanction illégale.
  • Le non-respect de l’obligation de sécurité : harcèlement moral ou sexuel, absence de réaction face à une situation de souffrance au travail, charge de travail excessive, absence de suivi médical, conditions de travail dangereuses.

Le juge tient aussi compte du comportement de l’employeur : en cas de correction rapide de la situation, il peut refuser de prononcer la résiliation judiciaire. En revanche, lorsque les manquements présentent un caractère grave ou répété, le juge peut prononcer la rupture du contrat.

Les conséquences de la résiliation judiciaire

Si le juge considère les manquements comme établis et suffisamment graves, il prononce la résiliation judiciaire aux torts de l’employeur. Dans ce cas, la rupture produit en principe les effets d’un licenciement sans cause réelle et sérieuse (Cour de cassation, 20 janvier 1998).

Le salarié peut alors obtenir une indemnité de préavis, une indemnité de licenciement, des dommages et intérêts pour licenciement injustifié ainsi que le paiement des salaires restant dues.

Dans certaines situations plus graves, notamment en cas de harcèlement ou de discrimination, la résiliation judiciaire peut produire les effets d’un licenciement nul, ouvrant alors droit à une indemnisation plus importante (Cour de cassation, 20 février 2013).

La rupture prend effet en principe à la date du jugement, sauf si le contrat a été rompu entre-temps, par exemple par un licenciement. Dans ce cas, le juge doit d’abord vérifier si la résiliation judiciaire était justifiée avant d’examiner le licenciement.

Si les manquements ne sont pas prouvés ou ne sont pas assez graves, la demande est rejetée et le contrat continue normalement.

La résiliation judiciaire est un recours utile lorsque l’employeur ne respecte pas ses obligations et que la poursuite du contrat de travail devient difficile. Si vous avez des questions, n’hésitez pas à nous contacter!